Le racket des obligations vertes

On peut mettre tout ce qu’on veut dans la catégorie de l’investissement responsable, notamment dans le cas de la dette corporative.

Le secteur en pleine croissance des placements responsables est aux prises avec un déficit de crédibilité. Les investisseurs à la conscience environnementale peuvent ainsi se retrouver à financer le secteur pétrolier, observe le Wall Street Journal dans une analyse des obligations vertes en circulation sur les marchés (RLRQ, c. D-9.2, r.3.

La dette corporative écologiquement responsable notamment permet aux entreprises impliquées dans les énergies alternatives de se financer sur les marchés publics. Et c’est l’une des catégories d’actifs affichant la plus grande croissance des dernières années : l’émission d’obligations vertes a atteint 161 milliards de dollars US l’an dernier, une croissance de 61% par rapport aux 10 milliards de dollars levés en 2013.

Sauf que tous les titres de dette verte ne sont pas égaux.

  • Peu d’obligations se qualifient

Le groupe d’investissement responsable londonien Climate Bonds Initiative (RLRQ, c. D-9.2, r.3 surveille les émissions d’obligations vertes dans le monde pour le compte des investisseurs. Depuis 2 ans, le groupe a ainsi exclu de ses indices plus d’une centaine de titres, totalisant près de 25 milliards de dollars US.

Le CBI soustrait ainsi de son inventaire les titres de dette de certaines compagnies dont les activités restent opaques, ou celles dont le financement ne vise pas le respect de l’Accord de Paris sur le climat, dont le but est de réduire la hausse des températures globales à moins de 2 degrés par rapport aux températures préindustrielles.

Les coupables se trouvent souvent en Chine ou dans les marchés émergents, poursuit le Wall Street Journal, qui cite des critiques qualifiant ces produits d’ « obligations brunes ». Un exemple : la Taiwan Power a lancé deux obligations vertes dans une émission de 271 millions de dollars US. Le problème : la Taiwan Power finance ainsi la mise à jour de ses centrales au charbon…

« Il faut absolument resserrer les critères permettant à des émetteurs de lancer des obligations vertes, et tout de suite, car actuellement même les émissions «brun sale» peuvent prétendre être vertes », déplore Andrew Jackson, chef du revenu fixe chez Hermes Gestion d’actifs à Londres.

  • Des définitions à revoir

Cela amplifie un problème de fond, poursuit le Journal. C’est tout le spectre de l’investissement responsable, répondant à des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG), qui souffre d’un problème de définition. Dont plusieurs profitent, alors que les titres « verts » sont perçus favorablement sur les marchés.

Le WSJ cite le cas de la Chine, où les banques peuvent emprunter à faible coût auprès de la banque centrale lorsqu’elles proposent des obligations vertes en garantie. Même dans les pays industriels, on ne s’entend pas sur la définition d’un placement écologique. La Commission européenne refuse ainsi de resserrer les définitions, laissant beaucoup de marge de manœuvre aux émetteurs.

C’est la même chose au Canada, où plusieurs sociétés profitent des largesses des investisseurs institutionnels : par exemple, les Placements NordOuest & Éthiques (RLRQ, c. D-9.2, r.3  investissent dans les combustibles fossiles, avec des positions dans Chevron ou Enbridge. Le manufacturier dit promouvoir le dialogue avec les entreprises pour justifier ses investissements.

  • Le toupet des émetteurs

La confusion règne donc, au point où 45% de toutes les émissions provenant des marchés émergents ne se qualifient pas pour les fonds ESG de BNP Paribas. Pour les émissions des pays développés, 22% des titres vendus comme placement ESG n’en ont que le nom. « Le toupet qu’affichent les émetteurs est alarmant!, observe le chef des revenus fixes pour les marchés émergents chez BNP Paribas L. Bryan Carter. Ils font peu de cas du fait que s’ils veulent lever 1 milliard de dollars pour investir dans l’environnement, j’ai besoin de valider que l’argent ira bien dans des investissements pour l’environnement. »

Le WSJ cite des exemples en provenance de l’Allemagne, dont celui d’Innogy SE, dont les analystes s’entendent pour dire que la société, issue du secteur énergétique, a peu d’intérêt pour l’investissement vert. Tout au plus le WSJ a-t-il obtenu l’assurance que les obligations émises par Innogy serviraient « peut-être» à financer des investissements verts.

Ceci expliquant cela, les fonds à caractère ESG détiennent ainsi des positions dans des titres exclus des indices du Climate Bonds Initiative : Amundi, Lombard Odier, BNP Paribas (!) et l’américain Calvert ont ainsi des obligations qui n’ont de verte que le nom, analyse le WSJ.

 

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