Fonds à 0% : Fidelity bouleverse le jeu

Des FNB dont le RFG et nul. À zéro pour cent.

L’annonce a été qualifiée de « moment historique » pour l’industrie par la presse financière.

L’arrivée de produits indiciels offerts sans aucuns frais de gestion a eu l’effet d’un pavé format géant dans la mare déjà houleuse du service financier.

Francis Sabourin

« Cela envoie un message clair aux conseillers : il faut relever le jeu d’un cran », observe Francis Sabourin, de Richardson GMP à Montréal. Pour le directeur de la gestion de patrimoine de la firme, l’annonce de prix cassés, voire éliminés dans le cas présent, ne pouvait manquer de faire réagir une industrie dont la proposition est axée sur le conseil et la valeur qu’il apporte au portefeuille.

La bataille des frais

La lutte se déplace depuis quelques années sur le terrain des frais, une tendance alimentée par les nouvelles exigences de transparence quant au prix payé par les clients pour des produits et des services de placement. Le récent débat, au Canada, sur l’opportunité d’abolir les commissions intégrées, a propulsé l’importance du conseil—et sa valeur—à l’avant-plan.

Il allait donc de soi que les produits indiciels, comme les FNB, prennent de l’ampleur. « Ça fait 10 ans que les taux sont bas, ce qui alimente la croissance et les bons rendements de la gestion passive », poursuit Francis Sabourin.

Mais cela pourrait se terminer bientôt : « On s’attend à beaucoup de volatilité à l’avenir, on navigue en pleine incertitude quant à la prochaine correction boursière… le fait est que la gestion active et la sélection de titres, autant que les gestionnaires qui battent leur indice, vont redevenir très importants » dans les prochains trimestres, croit-il.

C’est dans ce contexte qu’il situe la sortie du géant des fonds communs. Le fonds Total Market Index Fund reproduit les rendements d’une brochette diversifiée de titres américains, couvrant l’ensemble des secteurs. Le International Index Fund fait lamême chose, mais avec des titres issus tant des marchés développés que des marchés émergents.

Un effort marketing

Le fait que Fidelity soit le premier à se mouiller avec des produits littéralement gratuits n’est pas anodin, analyse Francis Sabourin. Paradoxalement, il voit dans la stratégie du manufacturier un effort marketing pour mousser la gestion active. La marque de commerce de Fidelity depuis des lustres est, après tout, d’avoir certain des meilleurs gestionnaires du marché, qui offrent de bons rendements.

« On semble vouloir aller chercher de nouveaux clients avec des produits sans frais, populaires auprès des investisseurs au détail. Puis, ça ne m’étonnerait pas qu’on leur dise ‘’voyez, on a des produits gérés activement, qui offrent de meilleurs rendements nets de frais’’ », et qu’on fasse ainsi le plein de clients.

Les nouveaux fonds indiciels ne sont d’ailleurs disponibles que dans un compte Fidelity, lui-même offert sans frais de transactions. Et on a aboli l’investissement minimal pour acheter ces fonds.

C’est pourquoi, aux yeux du portefeuilliste, l’annonce de fonds sans frais représente un moment charnière dans la concurrence que se livrent les gestions active et passive. C’est le signal d’un « retour du balancier de la gestion passive vers la gestion active », croit Francis Sabourin.

Et les conseillers doivent redoubler d’ardeur pour vendre le conseil, la sélection de titres, la protection contre le risque et, finalement, le rapport humain. « C’est une industrie où l’on offre des services de personne à personne. »

Un marché bouleversé

L’industrie n’a pas été longue à réagir à la nouvelle, qui transcende le seul secteur de la gestion indicielle.

En effet, les cours boursiers de ses grands concurrents tels Franklin Resources et Legg Mason ont chuté dans la foulée de l’annonce de Fidelity.

Les analystes de Morgan Stanley, cités par l’agence Bloomberg, estiment pour leur part que « ces pressions à la baisse sur les frais constituent une tendance persistante dans le contexte ou la lutte pour les actifs des clients s’intensifie ».

Le concurrent indiciel direct de Fidelity, Vanguard, qui se targue d’offrir les produits les moins coûteux, n’a pas été long à réagir non plus : toujours à Bloomberg, le chef des investissements de Vanguard Greg Davis estime qu’il faut être prudent avec cette offre. « Comme investisseur, il faut se demander où est l’attrape. Si on ne paie rien d’emblée, les chances sont que c’est une stratégie pour attirer les gens vers des produits plus coûteux. »

Fidelity Canada, à qui nous avons demandé de commenter la situation, a refusé de le faire. « Les produits en question sont offerts aux États-Unis pour les clients américains. La nouvelle n’est pas donc pas la nôtre », nous répond le vice-président pour le Canada Chris Pepper.

Dans la presse américaine, la présidente de l’investissement des particuliers de Fidelity États-Unis Kathleen Murphy a déclaré que « nous utilisons notre envergure pour offrir davantage de valeur pour nos clients ». La taille de Fidelity—qui a dégagé un bénéfice de plus de 5 milliards de dollars l’an dernier-lui permettrait donc d’offrir des produits à perte…

Au final, l’annonce n’est pas surprenante en soi : alors que des fonds sont vendus pour des poussières, que deux d’entre eux soient donnés était inévitable. Mais le symbole est fort : la guerre des frais vient de tourner une page de son histoire.

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