Blinder son portefeuille contre Trump

Volatilité, guerre commerciale, hausse des taux d’intérêts, endettement des ménages, l’ouragan Trump a beaucoup de place pour faire des dégâts. Comment s’y préparer ?

Profession Conseiller a demandé leur avis à deux experts.

  • Le contexte

« Il y a de la volatilité sur les marchés, et l’économie a atteint un plateau, nous forçant à revoir nos prévisions de croissance à la baisse », observe Luc Vallée, stratège en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. Sans compter qu’une hausse trop rapide des taux ralentirait l’économie.

À l’opposé cependant, même si elle passait de 3,9 % à 3,5 %, la croissance économique mondiale prévue reste bonne.

Pour Marc Larente, premier vice-président et conseiller en placement chez Gestion de Patrimoine TD, la situation canadienne ajoute à l’incertitude, où les hausses de taux et les tarifs douaniers « provoqueront des hausses de prix, faisant baisser la consommation ».

Dans ce cas, les coups de semonce de Donald Trump auront un impact.

Et ce, même si ses actions—et leurs conséquences—restent difficiles à prévoir, « car on n’a pas une compréhension très bonne de ses objectifs », relate Luc Vallée, de VMBL.

Et sa bellicosité peut se retourner contre lui, d’abord par les représailles chinoises, mais aussi parce que si le lobby des entreprises américaines, très puissant, est trop touché, il fera contrepoids à Trump.

  • Les marchés stagnent

Dans l’immédiat, les marchés virent au neutre : le TSX, aux alentours de 16 000, n’a pratiquement pas bougé depuis le début de l’année. Et le Dow Jones, qui affiche quelque 25 000 points, n’a guère mieux fait.

Cela étant, l’avenir proche dépendra des élections de mi-mandat, en novembre, ajoute Marc Larente, de la TD. « Si Donald Trump perd ses majorités, il voudra aller plus doucement. »

« Et d’ici la fin de l’année, impossible de voir dans quelle direction le vent va tourner. On risque par contre d’entrer dans un cycle inflationniste, c’est donc le temps de penser à se protéger », selon Marc Larente.

Tous deux misent sur le dollar US comme valeur refuge. D’abord parce qu’il continue de s’apprécier face aux autres devises. Mais aussi parce que comme les taux américains hausseront beaucoup plus rapidement que les taux canadiens—on prévoit deux hausses de la Fed contre encore une pour la Banque du Canada—le $US continuera de s’apprécier face au $CA.

  • Un portefeuille équilibré

Tant Marc Larente que Luc Vallée conservent leur pondération habituelle : 60/40 en faveur des actions par rapport aux obligations pour le PVP de TD, et 50/50 pour le stratège de VMBL.

Par contre, parce qu’il juge le marché américain plutôt cher, « on va plutôt aller surpondérer les marchés canadiens et émergents parce qu’ils sont relativement peu coûteux » dans le contexte actuel, explique Luc Vallée.

Idem pour l’Europe, où les bonnes occasions seraient passées.

Marc Larente reste aux aguets, augmentant ses liquidités, pour tirer avantage des baisses qu’il entrevoit dans certains secteurs. « Avec les tarifs imposés dans l’aluminium et l’acier, la valeur de plusieurs titres dans les secteurs industriels notamment va baisser », et ce sera le temps de faire le plein, explique-t-il.

Et s’il maintient sa portion obligataire, Marc Larente en a néanmoins réduit la durée. Ainsi, la durée moyenne des revenus fixes chez TD est passée de moins de 5 ans à moins de 2 ans. « Avec les taux qui vont augmenter, on n’attend pas beaucoup de rendements de cette catégorie d’actifs », dit-il.

  • Fin de cycle ?

Depuis maintenant 10 ans que les marchés tournent très bien, peut-on s’attendre à une débandade—provoquée par Trump, par exemple—et agir en conséquence ?

« Il ne faut pas tuer le cycle avant qu’il ne meurt, rétorque Luc Vallée. Mais tout ça peut se terminer plus rapidement, selon ce que fera M. Trump. On reste aux aguets plutôt que vendre. »

Marc Larente renchérit : « On peut commencer à prendre certains profits, et augmenter ses liquidités, mais c’est impossible de savoir dans quelle direction le vent va tourner d’ici la fin de l’année », ce qui milite contre les trop gros coups de barre.

  • Quels secteurs ?

Marc Larente n’a aucun doute : les dépenses discrétionnaires et les produits de consommation subiront le ressac de l’environnement actuel, au Canada notamment. « La hausse des taux, dans un contexte d’endettement record des ménages—à plus de 170 % du revenu disponible—, va avoir un impact sur les consommateurs. »

Les tarifs commerciaux, eux, vont influer à la baisse le secteur industriel. Quant à l’énergie, il sous-pondère également ce secteur, parce que plus cyclique.

Au contraire de Luc Vallée, qui surpondère l’énergie, expliquant qu’au Canada, « on privilégie ce secteur, car les encaisses sont bonnes, les multiples sont bas, et les problèmes de pipeline vont se régler dans les 12 prochains mois, donc l’encaisse du secteur sera encore meilleure ».

  • En défense, surpondérer

Cela étant, tant Luc Vallée que Marc Larente surpondèrent la techno, notamment les titres canadiens, moins coûteux que les titres américains.

Marc Larente mise aussi sur la santé, le secteur financier et les services publics, qui braveront la houle des prochains trimestres.

Enfin, Luc Vallée voit beaucoup de potentiel dans les fiducies immobilières, « qui seront en bonne position en cas d’inflation ». Elles ont un peu fonction d’obligation à rendement réel, quoique plus risquées. Et puis, « on a longtemps pensé que les taux augmentaient donc les fiducies sont moins chères ».

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas bouger trop vite. « C’est un risque, mais qui ne risque rien n’obtient pas de rendements », conclut Luc Vallée.

 

Mots clés:

Description de l'auteur

Pas de réponse à “Blinder son portefeuille contre Trump”

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *


*